PlayStation : Kaz Hirai raconte pourquoi il passait outre les consignes de Sony
« Nous sommes PlayStation » : voilà, en substance, comment Kaz Hirai dit avoir répondu aux interventions de la direction de Sony lorsqu'il pilotait sa branche jeux vidéo. Dans un échange avec Takaya Awata, dirigeant de Toridoll Holdings, paru en octobre 2026 dans le média japonais Nikkei XTrend, l'ancien patron raconte avoir parfois choisi sa propre voie plutôt que de suivre les consignes venues du siège. Le plus intéressant ? Quelques années plus tard, à la tête de Sony tout entier, il défendra une approche presque inverse.
Quand PlayStation voulait garder les mains sur le volant
Kazuo « Kaz » Hirai a dirigé Sony Computer Entertainment pendant l'essentiel de la période 2007-2012. Selon son témoignage rétrospectif dans cet entretien, les demandes de Howard Stringer, alors à la tête du groupe Sony, et d'autres dirigeants ne dictaient pas forcément sa conduite : il lui arrivait de privilégier ce qu'il jugeait bon pour PlayStation. Cette déclaration décrit son propre souvenir des rapports avec la maison mère ; elle ne signifie ni qu'il rejetait chaque directive, ni qu'une rupture officielle avait opposé les deux entités.
L'anecdote prend tout son relief dans le contexte de la PlayStation 3. Lancée fin 2006 au Japon et en Amérique du Nord, la console devait affronter un prix d'entrée élevé, une architecture complexe et la concurrence de la Xbox 360 comme de la Wii. La génération a également traversé la panne majeure du PlayStation Network en 2011. Pour les joueurs, cette période reste pourtant associée à une remontée progressive de la console et à une bibliothèque marquante. Rien ne permet d'attribuer mécaniquement ce parcours à la seule indépendance revendiquée par Hirai.
Cette rétrospective résonne aussi avec l'histoire de la marque : la PS3 fait aujourd'hui partie des consoles que l'on redécouvre comme du rétrogaming, bien loin des polémiques de ses débuts.
De l'autonomie PlayStation au mot d'ordre « One Sony »
Le renversement est frappant. Le 1er avril 2012, Kaz Hirai devient président-directeur général de Sony. Sa mission ne consiste plus à protéger une seule activité, mais à coordonner des métiers aussi différents que le jeu vidéo, l'image, le mobile et le divertissement. Dans ses annonces officielles de mars 2012, Sony présente justement une organisation destinée à accélérer les décisions et à mettre les forces du groupe en commun.
Cette stratégie reçoit un nom : « One Sony ». Dès avril 2012, le groupe affirme vouloir rapprocher ses activités et s'appuyer sur leurs complémentarités. Hirai mettra également en avant la notion japonaise de kando, cette émotion forte que les produits et expériences Sony doivent susciter. Ce ne sont pas simplement des mots rapportés longtemps après les faits : ils figurent dans les communications publiées par Sony sous sa direction.
Contradiction ou changement de perspective ?
En apparence, l'ancien responsable qui tenait la direction à distance est devenu le patron qui souhaitait rapprocher toutes les équipes. Mais ses deux postures répondent à des responsabilités différentes. À l'échelle d'une division, il défendait sa marge de décision ; à celle du groupe, il cherchait à faire travailler ensemble des activités longtemps séparées. C'est une lecture possible de son parcours, pas une preuve que toutes ses décisions étaient justes.
Il faut surtout distinguer le témoignage d'octobre 2026 des faits documentés par Sony. L'entretien de Nikkei XTrend rapporte les souvenirs personnels de Kaz Hirai, tandis que les communiqués du groupe confirment sa nomination et la mise en place de « One Sony ». La version intégrale de l'entretien japonais n'ayant pas pu être consultée librement lors de notre vérification, nous évitons de présenter une traduction indirecte comme une citation française mot pour mot.
Au fond, l'histoire rappelle qu'une console ne se conçoit pas seulement avec des processeurs, des studios et des exclusivités. Derrière PlayStation, il y a aussi des rapports de force, des arbitrages et des dirigeants avec leur propre idée de ce que doit devenir la marque. Et l'époque PS3 demeure l'un des meilleurs exemples de cette tension entre identité d'une division et stratégie de groupe.
Sources primaires pour le contexte vérifiable : Sony, nomination de Kazuo Hirai (1er février 2012) ; Sony, nouvelle direction (27 mars 2012) ; Sony, stratégie One Sony (12 avril 2012). Le récit des consignes ignorées provient de l'entretien de Kaz Hirai publié par Nikkei XTrend en octobre 2026, non d'une annonce de Sony.
Crédit photo : Maurizio Pesce, photographie de Kazuo Hirai au CES 2015, Wikimedia Commons, CC BY 2.0. Image adaptée au format de couverture.
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